Que la vie vous soit douce de Philippe de Chaptes est un récit de vie profondément humain, traversé par une quête simple et essentielle : comprendre ce qui, malgré les épreuves, rend une existence lumineuse.
Ce livre n’est pas seulement une autobiographie – c’est une traversée intime du XXe siècle à nos jours, une méditation sur le bonheur, la mémoire et la fraternité.
Tout commence dans l’après-guerre, en Allemagne occupée. Le narrateur naît dans un monde encore meurtri, mais grandit dans une famille riche de valeurs plutôt que de biens : amour, discrétion, courage, sens du devoir. De Strasbourg à Metz, de Nancy à Paris, son enfance et sa jeunesse se tissent de souvenirs sensoriels – odeurs, paysages, visages – où se mêlent douceur familiale, exigence scolaire et éveil au monde. Très tôt, une intuition grandit en lui : le bonheur n’est jamais un état fixe, mais une succession fragile d’instants de grâce.
Au fil des pages, Que la vie vous soit douce raconte la construction d’un homme : ses études brillantes, son passage à Sciences Po, ses ambitions, ses doutes, ses rencontres. L’échec au concours de l’ENA ne marque pas une chute, mais une bifurcation. Il trouve sa place au cœur de la République, comme administrateur à l’Assemblée nationale. Là, au Palais Bourbon, il observe le pouvoir, les débats, la démocratie en marche… et les limites humaines qui l’accompagnent. Sa vie professionnelle devient un poste d’observation privilégié du monde, de ses mutations et de ses tensions.
Mais ce récit est avant tout une histoire d’attachements. L’amour, fil rouge du livre, s’incarne dans sa rencontre avec Viviane, dans leur couple construit sur la complicité et l’ouverture, puis dans leurs enfants – l’un adopté au Cambodge, l’autre née en France. La famille devient un refuge, mais aussi un espace de questionnement : comment transmettre, protéger, laisser grandir ? Comment rester juste quand la vie blesse, comme lors du renvoi injuste de sa fille, ou d’épreuves plus invisibles mais tout aussi profondes ?
A mesure que les années passent, le regard s’élargit. Les événements du monde – chute du mur de Berlin, attentats, crises contemporaines – font écho aux fragilités individuelles. L’auteur s’engage, discrètement mais concrètement : visiteur de prison, attentif au sort des migrants, sensible aux injustices sociales. Ce sont ces gestes modestes, répétés, qui donnent chair à son credo.
Car Que la vie vous soit douce est aussi un livre de transmission. Derrière les souvenirs, une conviction se dessine : le bonheur pur n’existe pas, mais la douceur, elle, est possible. Elle naît de l’amour, de la loyauté, de la capacité à s’émerveiller du beau, mais aussi du courage de lutter – contre l’indifférence, l’injustice, la violence du monde.
Ce récit touche par sa sincérité et sa profondeur, car chacun peut s’y reconnaître. Qui n’a jamais éprouvé ces instants suspendus, aussitôt envolés ? Qui ne s’est jamais demandé comment rester debout face aux épreuves ? En refermant ce livre, une évidence reste : la vie n’est ni simple ni parfaite, mais elle peut être traversée, habitée, embellie.
Et c’est peut-être cela, le véritable message de Que la vie vous soit douce : apprendre à accueillir la vie telle qu’elle vient – fragile, imparfaite, mais infiniment précieuse.

